En début de séance du Conseil Municipal du 30 novembre 2018, Madame le Maire Christine Capdeville, a demandé aux membres du Conseil d’observer une minute de silence, à la mémoire des huit victimes de l’effondrement des immeubles, rue d’Aubagne à Marseille, le 5 novembre.

Vous pouvez consulter ci-dessous l’intervention de Christine Capdeville, en hommage à ces victimes.

 

Ils s’appelaient Julien, Taher, Chérif, Ouloume, Fabien, Simona, Pape, Marie-Emmanuelle.

Ce lundi 5 novembre à 9 heures, au 65 rue d’Aubagne, ces huit vies étaient ensevelies par l’effondrement de leur immeuble. Huit noms, que la majorité des grands médias nationaux n’aura même pas eu la décence de réciter. Tout au plus, quelques images furtives dévoilant leurs visages, révélés du haut des pancartes brandies dans la nuit, par les amis et les voisins rescapés.
“Le bilan définitif est de huit victimes”. La sentence télévisuelle tombe, courte et sèche, telle un couperet qui tranche, définitivement, les histoires de ces innocents.
Pour que leur souvenir demeure, il faudra compter comme d’habitude, sur la générosité d’un quartier, sur l’humanité des pauvres gens qui n’aspirent, qu’à respirer à nouveau… Mais qui n’oublieront pas.

Alors, ressurgit la question de l’habitat indigne. Dans le quartier de Noailles, la Société Locale d’Equipement et d’Aménagement de l’Aire Marseillaise, évalue à 48% des immeubles, l’habitat indécent ou dégradé. La fondation Abbé Pierre estime que 100 000 Marseillais vivent au sein de logements très dégradés.

Naturellement, nous pouvons toujours – et même, nous le devons – jeter l’opprobre sur cette frange des propriétaires privés, aussi répugnants que les taudis qu’ils proposent, et qui n’ont cure, de la plus élémentaire dignité humaine. A Marseille comme dans tout le pays, c’est l’expression d’une société aveuglée par le gain immédiat, l’argent facile, qui concentre dans ces immeubles laissés à l’abandon, des Simona, des Taher, des Julien. Rue d’Aubagne, l’insupportable injustice aura basculé dans l’horreur : tout en bas de la page, les marchands de sommeil auront rajouté dans leurs baux, la mort en geste commercial.

Mais c’est surtout, sur le manque de logements sociaux, que prospère l’habitat indigne. Deux millions de personnes sont sur liste d’attente pour obtenir une HLM. Pour résorber ces listes, il faudrait construire 200 000 logements sociaux chaque année. On est loin du compte.

Face à une telle situation, l’Etat se rend coupable, non seulement de fuir sa responsabilité, mais de prendre des mesures qui ne font qu’aggraver les choses. L’Etat a opéré des coupes dans les budgets des bailleurs sociaux, qui sont l’équivalent de 54 000 logements en moins construits par an.

Pire, une disposition de loi toute récente instaure un “examen” de la situation des locataires HLM tous les trois ans, prévoyant d’expulser de leurs logements, des locataires devenus entre temps, “trop riches”. On se dirige ainsi vers une ghettoïsation du parc social, concentrant les populations les plus pauvres, dans des logements que les organismes HLM, auront de plus en plus de mal à entretenir, ponctionnés comme ils le sont par l’Etat.

La boucle est bouclée : tous les trois ans, des cohortes de familles pauvres, mais toutefois un peu moins pauvres que les autres, sont susceptibles d’être virées de leurs logements sociaux. Une aubaine pour les propriétaires d’appartements insalubres, qui vont se gorger de ces populations qui n’auront d’autre choix, que de survivre au milieu de la moisissure et des fenêtres mal isolées.

Comme l’eau potable, l’accès à un logement décent est un droit fondamental. En attaquant de la sorte le logement social, ce gouvernement entend le pousser vers une logique de pur marché, de financiarisation totalement dérégulée.

Ce droit fondamental, l’Etat le bafoue.

Et pendant que des familles, des bébés se parfument au salpêtre, les marchands de sommeil peuvent dormir tranquille…

 

2018-12-14T17:03:20+00:00Par |Non classé|